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Abstraction jaune et bleue
Monogrammé en bas à droite. Texte/poème au dos
Des volutes bleus et jaunes s'enlacent, avec en leur centre une forme évocatrice de lourdeur et de rudesse.
Giselle Prassinos a composé cette gouache pour annoncer son retour à Paris à un de ses amis chers, Jean-Marie Drot. Au verso, la lettre qu'elle a composé est à mi-chemin entre la correspondance et le texte poétique.
L'encadrement très soigné entre deux verres a été commandé par Jean-Marie Drot. Il montre que le récipiendaire de cette œuvre accordait autant de valeur artistique au collage qu'au texte littéraire.
Cette gouache de Gisèle Prassinos représente parfaitement la relation intime que Gisèle entretient avec la poésie. Sa vie s'exprime en mouvements poétiques, qu'elle retranscrit en mots inspirés et en une vision colorée qui vient compléter et affirmer les sensations qu'elle éprouve. Le texte de la carte autant que sa surface gouachée sont les deux même mouvements d'un élan poétique.
Gisèle Prassinos, dans ces entrelacs de bleu et de jaune, dans ce centre si évocateur de la lourdeur d'une pierre, retranscrit le froid s'installant après un été caniculaire et la pesanteur qui s'installe dans l'âme quand, chassé des endroits qui ont nourri votre âme pendant tout un été, il faut revenir vers la ville.
Cette composition abstraite possède son pendant, Canicule, où Gisèle Prassinos parle de chaleur étouffante et du désir de fraicheur, et retranscrit les émotions et sensations que provoque en elle la touffeur de l'été autant par ses mots que par sa peinture.
L'art et l'existence de Gisèle Prassionos fascinent, entre surréalisme et affirmation de soi. Les Atamanes lui ont consacré un article de leur blog, intitulé Gisèle Prassinos : le destin de la femme-enfant surréaliste.
Jean-Marie Drot (1929-2015), ancien directeur de l'Institut français d'Athènes, entretenait des liens très fort avec la Grèce et les artistes français d'origine grecque.. Voici la transcription du texte que lui a envoyé Gisèle Prassinos :
Torino 2 décembre 1998
Ciao
et merci pour ta carte grecque. J'ai fermé ma maison à la campagne, ouverte depuis le mois de mai. J'ai aussi quitté mes trois adorables chattes, des personnages très interessants, mon bois pour les réflexions, le vélo pour vagabonder, la maison qui est devenue un corps chaud, avec son caractère et ses secrets. Trop froid, gelé, chauffage au feu de bois. Une épreuve encore de contrôle, minimalisme, ascétisme. Une partie de moi très ancrée dans ses méandres, et ici, la ville, ses efforts de "nous" étonner, de provoquer les désirs de toutes sortes, ses sortilèges superficiels, sa mise en scène que je vis dans un contrôle édonistique. C'est l'heure où je me mets à la table que tu connais, de la musique indienne, un encens, comme toujours à l'heure médiumnique, la transaction hypersensible du passage entre lumière et nuit. C'est bien pour toucher le lointain, tout ce qui est dehors, autour, très loin. Vacuité, interférence, permissivité, le cerveau se déplace. Ainsi j'espère t'arrive ma petite pensée. J'attends ton livre. Giselle