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Vaisseaux pris dans le temps
Signé Aubrun en bas à droite
Deux épaves, une coque de bois et un engin évoquant un vaisseau spatial, reposent dans une étendue d’eau bordée d’architectures monumentales qui se dissolvent dans la brume.
Ce tableau est présenté en accrochage avec une huile de petit format intitulée Fête à Venise.
Une charpente de navire émerge de l’eau, ses membrures brunes dressées comme les côtes d’un grand squelette. À ses côtés, reposent les vestiges d’un vaisseau spatial. Leurs structures se chevauchent, presque confondues. Réunis dans un même abandon, ces deux épaves rapprochent des siècles de navigation passée et un avenir déjà devenu ruine.
Autour d’eux s’élève une cité dont aucune époque ne permet de rendre compte. Des arcades superposées voisinent avec des flèches effilées, des constructions ajourées et des formes qui évoquent des installations industrielles. À droite, une paroi sombre ferme la composition ; à gauche, les édifices se succèdent et s’effacent dans une lumière argentée.
Les membrures du navire répondent aux nervures des constructions ; les anneaux de l’engin mécanique reprennent leur rythme. La coque, la machine et la ville semblent partager une même logique d’armatures et d’enveloppes. À différentes échelles, elles témoignent d’une activité humaine dont les acteurs ont disparu.
La palette resserrée de gris, de blancs rompus, de beiges et de nuances légèrement bleutées enveloppe l’ensemble d’une même atmosphère. Les bruns du bois et les masses obscures du premier plan donnent davantage de présence aux épaves, tandis que la brume allège les constructions lointaines. Quelques remous animent pourtant l’eau au pied des édifices.
La rencontre des deux vaisseaux peut alors se comprendre comme celle de deux rêves humains devenus impossibles : partir sur la mer, partir vers les étoiles. Les mêmes eaux les recueillent, sous des architectures qui ont peut-être, elles aussi, été conçues pour défier le temps. Sous les hautes architectures, l’eau conserve les traces de ces ambitions, comme si chaque rêve d’exploration devait un jour entrer dans la mémoire du monde.